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⚖️ Value vs Growth : quel style d'investissement choisir ?

Deux écoles divisent les investisseurs depuis des décennies. Décryptage pour faire le bon choix avec votre épargne.

Maxime Gfeller

Analyse automatisée par l'IA byzance

À retenir

  • Le style Value consiste à acheter des actions sous-évaluées par le marché ; le style Growth mise sur les entreprises à forte croissance, même chèrement valorisées
  • Sur le très long terme, le Value affiche une surperformance historique de +2 à 3 % par an (recherche Fama-French), mais le Growth a écrasé la compétition entre 2010 et 2021
  • En 2025, la stabilisation des taux d'intérêt et la concentration extrême du marché sur quelques méga-caps Growth posent la question d'un rééquilibrage
  • Pour un épargnant particulier, la meilleure approche n'est pas de choisir un camp — c'est de comprendre les cycles pour diversifier intelligemment
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📊 Deux philosophies, deux visions du marché

Si vous suivez l'actualité financière, vous avez forcément croisé ces deux termes : Value et Growth. Derrière ce jargon anglo-saxon se cachent deux façons radicalement différentes de sélectionner ses investissements.

Imaginez que vous achetez une maison. L'investisseur Value, c'est celui qui cherche la bonne affaire — un bien sous-coté dans un quartier en devenir, vendu en dessous de sa valeur réelle. L'investisseur Growth, c'est celui qui achète dans le quartier le plus dynamique, même au prix fort, parce qu'il parie que la valeur va continuer à grimper.

Ces deux approches structurent les marchés financiers depuis les années 1930. Et comprendre leur logique, c'est se donner un avantage considérable pour construire son portefeuille.

🔍 Le Value : acheter ce que le marché sous-estime

Le value investing a été formalisé par Benjamin Graham et David Dodd dans leur ouvrage fondateur Security Analysis (1934). Son disciple le plus célèbre ? Warren Buffett, dont le fonds Berkshire Hathaway a généré un rendement annualisé de +19,8 % entre 1965 et 2024 — soit le double du S&P 500.

Le principe est simple : identifier des entreprises dont le cours de bourse est inférieur à leur valeur intrinsèque. Concrètement, on cherche des ratios financiers attractifs :

  • Un PER (Price/Earnings Ratio) bas — typiquement inférieur à 15
  • Un Price-to-Book inférieur à 1,5 (le marché valorise l'entreprise moins que ses actifs nets)
  • Un rendement du dividende supérieur à la moyenne du marché
En 2025, les secteurs typiquement Value incluent la banque européenne (BNP Paribas se négocie à un PER d'environ 7), l'énergie (TotalEnergies autour de 8) ou encore les télécoms (Orange sous les 10).

Le pari du Value ? La patience. Le marché finit toujours par reconnaître la vraie valeur d'une entreprise. Mais ça peut prendre du temps — parfois des années.

🚀 Le Growth : parier sur la croissance future

À l'opposé du spectre, le growth investing consiste à investir dans des entreprises dont la croissance du chiffre d'affaires et des bénéfices est nettement supérieure à la moyenne.

Ici, on accepte de payer cher — très cher parfois — parce qu'on anticipe que cette croissance justifiera la valorisation. Le PER des valeurs Growth dépasse souvent 30, voire 50.

Les stars de cette approche ? Les Magnificent Seven — Apple, Microsoft, Alphabet, Amazon, Nvidia, Meta et Tesla — qui à elles seules représentent plus de 30 % de la capitalisation du S&P 500. Nvidia, portée par la vague de l'intelligence artificielle, affichait encore un PER supérieur à 60 début 2025.

En France, des valeurs comme LVMH, Hermès (PER autour de 45) ou Dassault Systèmes illustrent cette logique : des entreprises dont la croissance régulière justifie, aux yeux du marché, des multiples de valorisation élevés.

Ce qui fait tourner le moteur Growth

Le style Growth est particulièrement sensible à l'environnement de taux d'intérêt. Pourquoi ? Parce que la valeur d'une entreprise Growth repose sur des bénéfices futurs. Plus les taux sont bas, plus ces bénéfices futurs valent cher en valeur actuelle (c'est le mécanisme d'actualisation des flux).

C'est exactement pour cette raison que le Growth a dominé la décennie 2010-2021, dans un monde de taux zéro — et qu'il a souffert en 2022 quand les banques centrales ont remonté brutalement les taux.

🏆 Le match historique : qui gagne sur la durée ?

C'est LA question que tous les investisseurs se posent. Et la réponse n'est pas aussi simple qu'on le voudrait.

Les données de long terme

Les travaux fondateurs d'Eugene Fama et Kenneth French (prix Nobel 2013) ont documenté une prime Value : sur la période 1926-2023, les actions Value américaines ont surperformé les actions Growth d'environ 3 % par an en moyenne.

L'indice MSCI World Value a effectivement battu le MSCI World Growth sur des périodes de 30 ans et plus. Mais attention : cette surperformance n'est pas linéaire.

Les grands cycles

Voici comment les styles se sont alternés ces 25 dernières années :

  • 2000-2007 🎯 : victoire écrasante du Value après l'éclatement de la bulle internet. Les dot-com s'effondrent, les valeurs décotées brillent
  • 2007-2009 : la crise financière frappe durement le Value (banques, immobilier)
  • 2010-2021 🚀 : domination historique du Growth, portée par la tech, les taux zéro et la disruption numérique. Le MSCI World Growth surperforme le Value de +5,3 % par an sur cette période
  • 2022 ⚖️ : retour spectaculaire du Value (+15 % d'écart en faveur du Value sur l'année), grâce à la remontée des taux
  • 2023-2025 : le Growth reprend la main, dopé par l'engouement pour l'IA générative
La leçon ? Aucun style ne gagne en permanence. Les cycles durent en général 5 à 10 ans, et les retournements sont souvent brutaux.

🧩 2025 : où en est-on aujourd'hui ?

Le contexte actuel est particulièrement intéressant pour cette question. Plusieurs signaux méritent attention.

La concentration du marché, un risque Growth

Le S&P 500 n'a jamais été aussi concentré. Les 10 premières capitalisations représentent environ 35 % de l'indice — un niveau inédit depuis les années 1970. Cette concentration est quasi exclusivement tirée par des valeurs Growth technologiques.

Comme le souligne Amundi dans sa dernière Cross Asset Investment Strategy de mars, les risques géopolitiques et la volatilité accrue des marchés appellent à une plus grande diversification — ce qui pourrait naturellement bénéficier aux valeurs Value, moins corrélées entre elles.

Les taux se stabilisent

Après le choc de 2022-2023, les taux directeurs de la BCE se sont stabilisés. Le marché anticipe désormais un assouplissement progressif. Ce scénario est modérément favorable au Growth (les bénéfices futurs retrouvent de la valeur), mais pas aussi favorable que la décennie de taux zéro qui l'a précédé.

Le Value européen, un cas d'école

Les actions européennes présentent aujourd'hui une décote historique par rapport aux actions américaines : environ 35 à 40 % en termes de PER. Les banques européennes affichent des ratios de distribution record et des bilans assainis. Des secteurs comme l'énergie et l'industrie européenne offrent des rendements sur dividende de 4 à 6 %.

Pour l'épargnant français, c'est un signal qu'il ne faut pas ignorer.

📌 Et concrètement, pour votre portefeuille ?

Faut-il vraiment choisir entre Value et Growth ? Ma conviction : non.

Les données montrent que le blend — un mélange équilibré des deux styles — offre le meilleur rapport rendement/risque sur longue période, tout en réduisant la volatilité liée aux rotations de style.

Mais on peut être plus malin qu'un simple 50/50 :

  • Quand les marchés sont euphoriques et les valorisations tendues (PER du S&P 500 au-dessus de 22-23) → surpondérer légèrement le Value
  • Quand les taux baissent fortement et l'innovation accélère → le Growth a le vent dans le dos
  • Toujours conserver un socle diversifié : un ETF monde (MSCI World) contient naturellement les deux styles

Les véhicules accessibles en France

Bonne nouvelle : les épargnants français disposent de nombreux outils pour jouer ces styles, éligibles au PEA ou à l'assurance-vie :

  • ETF Value : Amundi MSCI Europe Value Factor (LU1681042518), iShares Edge MSCI World Value (IE00BP3QZB59)
  • ETF Growth : Amundi MSCI Europe Growth (LU1681042351), iShares MSCI World Growth (IE00BM67HN09)
  • Fonds actifs : Comgest Growth Europe (Growth pur), Oddo BHF Value (Value européen)
Ces ETF affichent des frais de 0,20 à 0,40 % par an — bien moins qu'un fonds actif traditionnel.

🎯 3 actions concrètes pour votre épargne

1. Faites le diagnostic de votre portefeuille actuel. Vous êtes probablement plus exposé au Growth que vous ne le pensez. Un simple ETF MSCI World contient déjà ~65 % de valeurs américaines, dominées par la tech. Vérifiez vos unités de compte en assurance-vie.

2. Intégrez une poche Value européenne. Avec la décote historique des marchés européens et des rendements de dividende attractifs, une allocation de 15 à 25 % en Value européen apporte diversification et revenus réguliers. C'est d'autant plus pertinent dans un PEA, fiscalement avantageux.

3. Rééquilibrez une fois par an, pas plus. La tentation de basculer d'un style à l'autre au gré de l'actualité est le piège classique. Les rotations Value/Growth sont impossibles à timer. Définissez une allocation cible et rééquilibrez annuellement — c'est la discipline qui génère de la performance, pas le market timing.

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Les performances passées ne préjugent pas des performances futures. Cet article ne constitue pas un conseil en investissement personnalisé.

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