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Marchés émergents en 2025 : faut-il y aller ? 🌍

Entre tensions géopolitiques et croissance démographique, les marchés émergents divisent. Décryptage des risques réels et des opportunités concrètes pour l'épargnant français.

Maxime Gfeller

Analyse automatisée par l'IA byzance

À retenir 📋

  • Les marchés émergents représentent 60 % de la population mondiale et près de 45 % du PIB global en parité de pouvoir d'achat — les ignorer, c'est passer à côté de la moitié de l'économie réelle
  • L'Inde affiche une croissance supérieure à 6,5 % par an depuis 2023, tandis que la Chine ralentit structurellement sous les 5 % — le centre de gravité émergent se déplace
  • Le risque géopolitique est le premier facteur de volatilité sur ces marchés en 2025, bien avant les fondamentaux économiques
  • Pour un épargnant français, une exposition de 10 à 20 % aux émergents via des ETF diversifiés reste une stratégie pertinente à long terme
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Pourquoi les marchés émergents reviennent sur le devant de la scène 📈

Si vous suivez l'actualité financière, vous avez probablement remarqué un paradoxe. D'un côté, les indices émergents sous-performent les marchés américains depuis près de 15 ans. De l'autre, les gérants institutionnels — Amundi, BlackRock, JPMorgan — renforcent progressivement leurs allocations vers ces zones.

Pourquoi ? Parce que la valorisation relative n'a jamais été aussi attractive. Le MSCI Emerging Markets se traite actuellement à environ 11 fois les bénéfices, contre 21 fois pour le S&P 500. Cette décote de près de 50 % n'est pas anodine : elle reflète certes des risques réels, mais aussi une prime de pessimisme qui pourrait se résorber.

Amundi, dans sa dernière stratégie cross-asset, souligne d'ailleurs l'importance d'intégrer le risque géopolitique dans la construction de portefeuille plutôt que de simplement fuir ces marchés. L'idée : ne pas jeter le bébé avec l'eau du bain.

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La carte du monde émergent en 2025 🗺️

Parler des « marchés émergents » comme d'un bloc homogène, c'est comme dire « l'Europe » sans distinguer l'Allemagne de la Grèce. En réalité, les dynamiques sont radicalement différentes d'un pays à l'autre.

🇮🇳 L'Inde : la nouvelle locomotive

L'Inde est devenue la cinquième économie mondiale et pourrait dépasser le Japon d'ici 2028. Sa croissance repose sur des fondamentaux solides :

  • Une démographie jeune : âge médian de 28 ans (contre 38 en Chine et 47 au Japon)
  • Un boom du digital : 800 millions d'utilisateurs d'internet, un écosystème fintech parmi les plus dynamiques au monde (UPI traite plus de 12 milliards de transactions par mois)
  • Des réformes structurelles : GST (TVA unifiée), programme "Make in India", corridors industriels
Le risque ? La valorisation du Nifty 50 (l'indice phare indien) est déjà élevée, autour de 20 fois les bénéfices. L'Inde n'est plus un marché "pas cher". Il faut accepter de payer une prime pour la croissance.

🇨🇳 La Chine : le géant en transition

La Chine est le sujet qui divise le plus les investisseurs. La croissance a ralenti vers 4,5 à 4,8 %, la crise immobilière (Evergrande, Country Garden) n'est pas totalement résorbée, et les tensions commerciales avec les États-Unis restent vives — les droits de douane américains sur les produits chinois atteignent désormais 60 à 100 % sur certaines catégories.

Mais réduire la Chine à ses problèmes, c'est ignorer que :

  • Elle domine la chaîne de valeur des batteries et véhicules électriques (BYD a dépassé Tesla en volume mondial)
  • Son secteur tech (Alibaba, Tencent, Baidu) se traite à des multiples historiquement bas
  • La banque centrale chinoise (PBOC) dispose encore de marges de manœuvre monétaire considérables, contrairement à la BCE ou la Fed
Pour un épargnant français, le message est clair : la Chine n'est pas un pari binaire. Il vaut mieux y être exposé via un fonds diversifié plutôt que de faire du stock-picking sur des valeurs individuelles.

🌎 Amérique latine et Asie du Sud-Est : les outsiders

Le Brésil bénéficie de la demande mondiale en matières premières agricoles et en minerais critiques (lithium, niobium). Le real brésilien s'est stabilisé et le Bovespa affiche des valorisations raisonnables.

L'Indonésie et le Vietnam attirent les entreprises qui relocalisent leurs chaînes d'approvisionnement hors de Chine — le fameux mouvement de "China + 1". Samsung a déjà déplacé une part significative de sa production de smartphones au Vietnam.

Le Mexique profite du nearshoring américain : sa proximité géographique avec les États-Unis en fait un hub manufacturier de plus en plus stratégique.

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Les risques qu'il ne faut pas sous-estimer ⚠️

Investir dans les émergents sans comprendre les risques, c'est conduire de nuit sans phares. Voici les principaux dangers à cartographier.

Le risque géopolitique : le facteur n°1

Les tensions sino-américaines ne sont pas un épisode passager — c'est une restructuration durable de l'ordre mondial. Les conséquences pour l'investisseur :

  • Des sanctions qui peuvent rendre certains actifs illiquides du jour au lendemain (on l'a vu avec la Russie en 2022)
  • Des restrictions sur les flux de capitaux (la Chine a déjà limité certaines sorties de fonds)
  • Un risque de découplage technologique qui fragmente les chaînes de valeur
Amundi a récemment publié une recherche sur l'intégration du risque géopolitique dans la construction de portefeuilles à faible volatilité. Le constat est sans appel : ignorer le facteur géopolitique revient à sous-estimer la volatilité réelle de 20 à 30 % sur les marchés émergents.

Le risque de change : l'ennemi silencieux 💱

Vous pouvez avoir raison sur le marché indien et perdre de l'argent quand même. Comment ? Par le change. Si la roupie indienne se déprécie de 8 % face à l'euro pendant que le Nifty monte de 6 %, votre rendement réel en euros est négatif.

Sur la dernière décennie, le risque de change a effacé en moyenne 2 à 3 points de performance annuelle sur les marchés émergents pour un investisseur en zone euro. C'est considérable.

Solutions possibles :

  • Investir via des ETF hedgés (couverts en euros), mais le coût de la couverture réduit le rendement
  • Accepter le risque de change comme partie intégrante de la diversification — sur 10 ans et plus, l'effet tend à se neutraliser
  • Privilégier les pays à politique monétaire crédible (Inde, Mexique) plutôt que ceux à monnaie instable

Le risque de gouvernance et de transparence

Les standards comptables, la protection des actionnaires minoritaires et la transparence des entreprises restent très inégaux dans le monde émergent. En Chine, les entreprises cotées via des structures VIE (Variable Interest Entities) posent un risque juridique structurel que peu d'épargnants mesurent.

Règle simple : ne jamais investir dans un titre émergent individuel sans comprendre la structure actionnariale. C'est là que les fonds gérés activement par des spécialistes peuvent justifier leurs frais.

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Les opportunités concrètes pour l'épargnant français 💼

La transition énergétique passe par les émergents

Impossible de décarboner l'économie mondiale sans les pays émergents. Ils détiennent :

  • 70 % des réserves mondiales de lithium (Chili, Argentine, Australie)
  • 60 % de la production de cobalt (RDC)
  • 80 % de la capacité mondiale de raffinage des terres rares (Chine)
Investir dans les émergents, c'est aussi se positionner sur la chaîne de valeur de la transition — un thème structurel à 20 ans minimum.

La classe moyenne émergente : 3 milliards de consommateurs

D'ici 2030, la classe moyenne mondiale comptera environ 5,5 milliards de personnes, dont plus de 3 milliards dans les pays émergents. Cette montée en puissance tire la demande en :

  • Services financiers (banque, assurance, épargne)
  • Santé et éducation
  • Consommation digitale (e-commerce, streaming, gaming)
Des entreprises comme Mercado Libre (le "Amazon latino"), Sea Limited (Asie du Sud-Est) ou Reliance Jio (Inde) captent cette croissance structurelle.

Les obligations émergentes : un rendement attractif 📊

Pour les profils plus prudents, les obligations souveraines émergentes en devise locale offrent des rendements de 6 à 9 % — très supérieurs aux 3 à 3,5 % du fonds euros ou des OAT françaises.

Le fonds Amundi Emerging Markets Bond ou l'ETF iShares JP Morgan EM Local Government Bond permettent d'accéder à cette classe d'actifs facilement, y compris via certains contrats d'assurance-vie.

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Comment s'y exposer concrètement depuis la France 🇫🇷

Voici les véhicules les plus accessibles pour un épargnant français :

  • ETF MSCI Emerging Markets (Amundi, iShares, Lyxor) : l'option la plus simple et la moins chère (frais de 0,18 à 0,25 % par an). Éligible PEA pour certaines versions (Amundi PEA Emerging Markets)
  • Fonds actifs spécialisés : Comgest Growth Emerging Markets, Carmignac Emergents — pertinents si vous voulez un gérant qui filtre les risques de gouvernance
  • Assurance-vie : la plupart des contrats multisupports (Linxea, Boursorama Vie, Placement-direct) proposent des UC orientées émergents
Un point crucial : vérifiez la composition de votre ETF. Le MSCI EM est très concentré — la Chine, l'Inde, Taïwan et la Corée du Sud représentent à eux seuls plus de 75 % de l'indice. Si vous voulez une vraie diversification, complétez avec un fonds "Frontier Markets" (Vietnam, Nigeria, Bangladesh).

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3 actions concrètes pour votre portefeuille 🎯

1. Faites un diagnostic de votre exposition actuelle. Ouvrez votre assurance-vie ou votre PEA et calculez votre pourcentage d'exposition aux marchés émergents. Si c'est en dessous de 10 %, vous êtes probablement sous-exposé par rapport au poids réel de ces économies dans le monde.

2. Diversifiez par zone ET par classe d'actifs. Ne mettez pas tout sur la Chine ou tout en actions. Un mix actions émergentes (ETF large) + obligations émergentes (fonds dédié) offre un meilleur couple rendement/risque. Visez un ratio 70/30 entre les deux.

3. Investissez progressivement, pas en une fois. Les marchés émergents sont volatils — c'est structurel. Mettez en place un versement programmé mensuel plutôt qu'un investissement en lump sum. Sur 3 à 5 ans, vous lisserez les points d'entrée et dormirez mieux.

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Les marchés émergents ne sont ni un eldorado ni un piège. Ce sont des économies en transformation rapide, avec des risques spécifiques mais aussi des moteurs de croissance que l'on ne trouve plus dans les pays développés. La clé, comme toujours en investissement : comprendre ce que l'on achète, diversifier, et avoir l'horizon de temps adapté.

Maxime Gfeller — Directeur général, byzance

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