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💱 Euro, dollar, émergents : qui gagne la guerre des devises ?

Le dollar s'impose, l'euro vacille, les émergents résistent. Ce que la guerre des changes signifie concrètement pour votre épargne.

Maxime Gfeller

Analyse automatisée par l'IA byzance

À retenir

  • Le dollar reste dominant, soutenu par la politique protectionniste américaine et l'écart de taux avec la zone euro
  • L'euro est sous pression : BCE accommodante, croissance européenne molle, instabilité politique
  • Les devises émergentes subissent un effet de ciseau — dollar fort + ralentissement de la demande mondiale
  • Pour un épargnant français, le risque de change est souvent invisible mais bien réel dans votre portefeuille
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📊 Pourquoi les devises s'agitent en ce début 2026

Le marché des changes — ou forex — est souvent ignoré par les investisseurs particuliers. Et pourtant, il représente 7 500 milliards de dollars d'échanges quotidiens, soit 25 fois la capitalisation boursière totale du CAC 40.

Depuis le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche, les dynamiques de change ont profondément évolué. Sa politique commerciale — droits de douane de 10 à 25 % sur les importations, pression sur les alliés — a consolidé le billet vert. L'indice DXY (qui mesure la force du dollar face à un panier de devises) évoluait encore au-dessus de 108 début 2026, des niveaux qu'on n'avait plus vus depuis 2022.

Ce n'est pas anodin pour un épargnant français. Tout ce que vous détenez en dollars — fonds US, ETF Nasdaq, obligations américaines — est directement impacté par ce mouvement.

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💵 Le dollar : une forteresse qui attire les capitaux mondiaux

Le dollar fort ne s'explique pas par un seul facteur. C'est une confluence de plusieurs forces :

  • La politique monétaire de la Fed : alors que la BCE a entamé un cycle de baisse des taux fin 2024, la Fed reste prudente. Avec une inflation américaine encore proche de 2,8 %, Jerome Powell n'est pas pressé de relâcher les vannes. L'écart de rendement entre les États-Unis et l'Europe attire naturellement les capitaux vers le dollar.
  • Les droits de douane : paradoxalement, les tarifs Trump renforcent le dollar à court terme. Ils réduisent les importations américaines (moins de dollars sortent des États-Unis) et créent une demande structurelle de billets verts chez les exportateurs étrangers.
  • Le statut de valeur refuge : en période d'incertitude géopolitique — guerre en Ukraine, tensions en mer de Chine, instabilité au Moyen-Orient — les capitaux cherchent sécurité. Et le dollar reste l'ultime refuge.
📈 Chiffre à retenir : selon les données du FMI, le dollar représente encore 58 % des réserves de change mondiales. L'euro, deuxième devise mondiale, ne dépasse pas 20 %. Le gap est immense — et ne se comblera pas en 2026.

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📉 L'euro sous pression : les fragilités de la zone euro

L'euro navigue en eaux troubles. Après avoir tutoyé la parité avec le dollar en 2022, il s'est stabilisé autour de 1,03–1,07 dollar ces derniers mois. Mais les vents contraires s'accumulent.

Une BCE qui coupe les taux — sans filet

La Banque centrale européenne a entamé son cycle de baisse en juin 2024 et a poursuivi tout au long de 2025. Pourquoi ? La croissance européenne déçoit profondément. L'Allemagne, locomotive traditionnelle de la zone, a enchaîné deux années de récession technique. La France affiche une croissance anémique. L'Italie reste sous surveillance des marchés obligataires.

Face à ce contexte, Christine Lagarde n'a pas le choix : baisser les taux pour relancer la machine. Mais des taux plus bas signifient moins d'attractivité pour l'euro. Les investisseurs placent leurs capitaux là où ils sont le mieux rémunérés — et ce n'est pas en zone euro.

L'instabilité politique, ce poison silencieux 💼

La montée des partis eurosceptiques dans plusieurs pays membres fragilise la cohésion de la zone. En France, les débats budgétaires ont viré à l'épreuve de force institutionnelle. En Allemagne, les élections de début 2025 ont ouvert une période de tractations complexes au moment où le pays avait besoin de décisions rapides.

Pour un investisseur, cela se traduit concrètement : vos fonds investis en Europe (SCPI européennes, ETF Euro Stoxx, obligations d'État) subissent un double effet négatif quand l'euro baisse — la valeur relative de vos actifs se détériore pour les investisseurs étrangers, ce qui peut accentuer les sorties de capitaux et entretenir la spirale baissière.

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🌏 Les marchés émergents : entre opportunité et vulnérabilité

Les devises émergentes — real brésilien, roupie indienne, peso mexicain, yuan chinois — forment un ensemble hétéroclite qu'on a tort de mettre dans le même panier. Mais elles partagent une vulnérabilité commune : la sensibilité au cycle dollar.

L'effet mécanique du dollar fort sur les émergents

Quand le dollar monte, plusieurs mécanismes se déclenchent simultanément :

  • La dette en dollars devient plus lourde : beaucoup de pays émergents ont emprunté en dollars. Un billet vert plus fort signifie des remboursements plus coûteux en monnaie locale — un vrai piège pour les économies fragiles.
  • Les sorties de capitaux s'accélèrent : les investisseurs rapatrient leurs fonds vers les États-Unis, attirés par des rendements plus élevés et une devise qui s'apprécie. Pour les émergents, c'est une double peine.
  • Les matières premières se compliquent : le pétrole, les métaux, le blé sont cotés en dollars. Un pays importateur voit sa facture gonfler mécaniquement à chaque hausse du billet vert.
📊 L'exemple du peso mexicain est frappant : après l'élection de Trump, le peso a perdu près de 15 % de sa valeur face au dollar en quelques semaines. Les menaces de tarifs sur les exportations mexicaines — dont dépend 80 % du commerce extérieur du pays — ont créé une panique brutale sur les marchés.

Mais tous les émergents ne sont pas logés à la même enseigne 💹

Certains pays tirent leur épingle du jeu :

  • L'Inde : la roupie reste relativement stable grâce à une économie moins exposée aux États-Unis et une Reserve Bank of India très active. Avec une croissance dépassant 6,5 %, l'Inde reste l'un des rares pays à attirer structurellement des capitaux étrangers.
  • Le Brésil : malgré les turbulences politiques, le real bénéficie de la richesse en matières premières (fer, soja, pétrole). Un dollar fort profite paradoxalement aux exportateurs brésiliens, qui encaissent davantage en monnaie locale.
  • La Chine : le yuan est une histoire à part. Pékin gère activement sa devise. Avec le ralentissement de l'économie chinoise et les tensions commerciales avec les États-Unis, le yuan reste sous pression. La PBOC intervient régulièrement pour éviter une dépréciation trop rapide qui déclencherait des fuites de capitaux massives.
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🏦 Ce que les grandes maisons anticipent pour 2026

Amundi Research, dans sa stratégie Cross Asset de début 2026, identifie les marchés de change comme une source majeure de volatilité pour les portefeuilles diversifiés. Leur scénario central : dollar fort mais moins unilatéralement qu'en 2022, avec une normalisation progressive si la Fed entame un cycle de baisse au second semestre 2026.

C'est précisément ce que les marchés de futures commencent à pricer : une Fed qui pourrait baisser ses taux une ou deux fois d'ici fin 2026 si l'inflation continue de se normaliser. Ce signal serait décisif pour les devises émergentes et pour l'euro, qui pourraient récupérer une partie du terrain perdu.

Concrètement, un euro revenant vers 1,10–1,12 dollar serait une bonne nouvelle pour la compétitivité européenne — et un signal d'un retour de la confiance dans le projet de zone euro.

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Ce que ça change pour votre épargne

Le risque de change est souvent invisible. Quand vous investissez dans un ETF MSCI World (composé à ~65 % d'actions américaines), vous êtes exposé au dollar sans nécessairement le réaliser. Si l'euro monte face au dollar, votre ETF peut perdre de la valeur en euros même si les actions américaines montent en dollars.

La couverture de change existe, mais a un coût. Certains ETF proposent des versions "hedgées". En ce moment, avec un écart de taux important entre la Fed et la BCE, cette couverture peut coûter entre 2 et 3 % par an. À vous de juger si le jeu en vaut la chandelle selon votre horizon de placement.

Les émergents se paient en volatilité. Les fonds émergents peuvent offrir des rendements supérieurs sur le long terme, mais avec des corrections potentiellement violentes. Un peso qui perd 15 % en quelques semaines, c'est douloureux si votre horizon est court.

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3 actions concrètes pour votre portefeuille

1. Vérifiez votre exposition réelle au dollar : regardez la composition de vos ETF et fonds. Si plus de 50 % de vos actifs sont libellés en dollars, interrogez-vous sur la pertinence de cette allocation — surtout si un retournement du dollar est dans les tuyaux.

2. Ne paniquez pas face à la volatilité des émergents : avec un horizon de 5 ans et plus, une exposition modérée (10–15 % du portefeuille) aux marchés émergents diversifiés reste justifiée. La volatilité à court terme ne doit pas vous faire sortir d'une allocation de long terme construite avec méthode.

3. Suivez le calendrier de la Fed : les prochaines décisions de Jerome Powell seront déterminantes pour les changes en 2026. Une première baisse des taux américains serait le signal d'un dollar plus faible — et potentiellement d'un rebond des actifs émergents et européens. C'est l'un des catalyseurs les plus importants à surveiller cette année.

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