💱 Euro, dollar, émergents : la bataille des devises
L'euro recule face au dollar, les émergents souffrent. Ce que la guerre des devises signifie concrètement pour votre épargne.
Maxime Gfeller
Analyse automatisée par l'IA byzance
À retenir
- L'euro a perdu environ 8% face au dollar depuis début 2025, sous l'effet des politiques commerciales américaines et de la faiblesse de l'économie européenne
- La BCE coupe ses taux bien plus vite que la Fed — un écart qui pèse mécaniquement sur l'euro
- Les marchés émergents sont pris en étau : dette en dollars coûteuse, capitaux qui fuient vers les États-Unis
- Pour un épargnant français, cette configuration affecte directement vos fonds actions internationales et votre pouvoir d'achat à l'étranger
L'euro sous pression : pourquoi ?
La paire EUR/USD a connu une chute notable en 2025. Après avoir tutoyé les 1,10-1,12 en début d'année, l'euro s'est retrouvé autour de 1,04-1,06 fin novembre. Une dépréciation silencieuse, qui passe souvent inaperçue dans les médias généralistes, mais qui a des conséquences très concrètes.
Trois facteurs expliquent cette faiblesse :
- La politique commerciale américaine : depuis le retour de Donald Trump à la Maison Blanche, les États-Unis ont réimposé des droits de douane agressifs sur les exportations européennes. L'économie américaine reste robuste grâce à la demande intérieure, ce qui renforce le dollar.
- La divergence des banques centrales : la BCE a accéléré ses baisses de taux en 2025 face au ralentissement économique en Allemagne et en France. La Fed, elle, avance prudemment — l'inflation américaine reste collante. Quand une banque centrale baisse ses taux, sa monnaie s'affaiblit : les capitaux cherchent un meilleur rendement ailleurs.
- La croissance économique : la zone euro croît moins vite que les États-Unis. Une économie dynamique attire les investisseurs — et donc leur devise.
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📉 Ce que ça coûte concrètement à l'épargnant
Imaginez que vous ayez investi 10 000 € dans un fonds actions américaines non couvert contre le risque de change en janvier 2025.
Si le fonds a progressé de 12% en dollars, mais que l'euro a perdu 7% face au dollar, votre performance réelle en euros est d'environ +4,2% seulement. Pas 12%. La devise a « mangé » une grande partie du gain.
C'est l'effet de change : souvent ignoré, toujours présent.
À l'inverse, si vous détenez des fonds libellés en dollars et que vous êtes payé en euros, une dépréciation de l'euro gonfle artificiellement votre valeur en euros. Ce n'est pas de la performance réelle, c'est de la mécanique de change.
Les fonds hedgés (couverts contre le change) neutralisent cet effet, mais ont un coût — généralement 0,3 à 0,8% par an. Est-ce que ça vaut le coup ? Cela dépend de votre horizon et de votre conviction sur l'évolution de l'euro.
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💹 La Fed vs la BCE : le match qui fait tout
La grande histoire des devises en 2025, c'est la divergence entre les deux grandes banques centrales mondiales.
Du côté américain, la Réserve Fédérale (Fed) a baissé ses taux progressivement, mais reste à des niveaux élevés (autour de 4%). Jerome Powell surveille une inflation qui repart dès que l'économie accélère. Résultat : le dollar reste attractif pour les investisseurs obligataires du monde entier.
Du côté européen, la BCE de Christine Lagarde a taillé dans les taux bien plus vigoureusement. L'Allemagne est en récession technique depuis deux ans, la France affiche une croissance anémique, et l'inflation recule plus vite qu'aux États-Unis. Les taux directeurs européens sont désormais autour de 2%, contre 4% aux États-Unis.
Cette différence de 2 points crée un différentiel de taux d'intérêt qui pousse mécaniquement les capitaux vers le dollar. Les investisseurs institutionnels vendent des euros pour acheter des dollars et capturer ce rendement supplémentaire.
Pour l'épargnant, cela se traduit par :
- Des fonds monétaires en euros qui rapportent moins
- Des obligations d'État américaines qui offrent un rendement bien plus attractif
- Un arbitrage permanent à faire entre rendement et risque de change
🌍 Les marchés émergents : les grands perdants de la guerre des devises
Si l'euro souffre face au dollar, les marchés émergents souffrent encore davantage. Pourquoi ? Parce qu'une grande partie de leur dette est libellée en dollars.
Quand le dollar monte, cette dette coûte plus cher à rembourser en monnaie locale. C'est comme avoir un crédit immobilier à taux variable — sauf que la variable, c'est la devise mondiale de référence.
Amundi, dans sa note sur l'intégration du risque géopolitique dans les stratégies d'investissement, souligne que les chocs actuels (tensions en mer de Chine, instabilité au Moyen-Orient, effets collatéraux de la guerre en Ukraine) fragilisent précisément les pays émergents qui ont le moins de marges de manœuvre budgétaire.
Les effets dominos concrets :
- 📉 Fuite des capitaux vers les actifs refuge (dollar, franc suisse, bons du Trésor américain)
- Hausse des taux d'intérêt locaux pour défendre la monnaie nationale
- Ralentissement économique, voire récession dans les pays les plus fragiles
- Dépréciation des actions cotées en devises locales
- L'Inde bénéficie d'une dynamique interne solide, d'une démographie favorable et d'une réduction de sa dépendance aux exportations
- Le Mexique profite de la relocalisation industrielle des entreprises américaines qui quittent la Chine (le fameux nearshoring)
- Les États du Golfe (Arabie Saoudite, EAU), adossés au pétrole et indexés sur le dollar, voient leur modèle économique renforcé
📊 Ce que les grandes maisons d'investissement anticipent pour 2026
La note 10 themes for private assets in 2026 d'Amundi identifie la volatilité des devises comme un thème majeur pour les 12 prochains mois. Les gestionnaires conseillent une diversification accrue en actifs réels — infrastructures, immobilier, dette privée — qui servent de protection naturelle contre l'inflation et les fluctuations de change.
Autre enseignement clé, tiré d'une étude Amundi sur les plans d'épargne salariale français : les épargnants qui conservent une poche de liquidité (monétaire ou obligataire court terme) naviguent mieux dans les phases de volatilité. Ils ne sont pas forcés de vendre au mauvais moment sous la pression des marchés.
Ce principe s'applique pleinement dans un contexte de devises turbulentes : garder une réserve en euros, ne pas être 100% exposé aux devises étrangères, et accepter que la couverture de change a un coût qui peut valoir l'investissement.
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🏦 Le cas particulier du franc suisse
Un mot sur le franc suisse (CHF), qui mérite une mention dans tout article sur les devises.
Depuis des années, le franc suisse est considéré comme une valeur refuge : quand les marchés s'agitent, les investisseurs affluent vers la Suisse. En 2025, le CHF a progressé d'environ 3 à 4% face à l'euro, pénalisant les fonds investis en actions suisses pour les détenteurs d'euros.
Si vous avez de l'exposition à la Suisse via un fonds européen large, vérifiez s'il est hedgé — sinon vous subissez une appréciation invisible qui dilue vos rendements réels.
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💼 Trois actions concrètes pour votre épargne
Face à cette configuration — euro sous pression, dollar fort, émergents fragiles — voici ce qu'il est raisonnable de faire dès maintenant.
1. Vérifiez la couverture de change de vos fonds internationaux
Regardez si vos fonds actions monde ou américains sont en version « H » (hedged) ou non. Si vous pensez que l'euro va continuer à baisser, la version non couverte vous avantage. Si vous anticipez une remontée de l'euro — possible si la BCE marque une pause dans ses baisses de taux — la version couverte vous protège.
2. Sélectionnez vos expositions aux marchés émergents
Si vous avez des fonds émergents en portefeuille, privilégiez ceux qui surpondèrent l'Inde, le Mexique et les pays du Golfe, plutôt que la Turquie, l'Argentine ou les pays très endettés en dollars. Regardez la composition géographique réelle, pas juste l'étiquette générique « émergents ».
3. Conservez une poche monétaire en euros
Dans un environnement de change volatile, avoir 10 à 20% de son épargne sur des supports monétaires en euros (fonds €, Livret A, OPCVM monétaire) vous donne de la flexibilité. Vous pouvez réinvestir opportunément si une devise chute trop vite, sans être contraint de vendre des actifs risqués au pire moment.
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Les marchés de devises sont souvent les premiers à signaler les tensions économiques et géopolitiques — avant même les marchés actions. Les surveiller, c'est avoir une longueur d'avance sur l'état réel du monde. 📈
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