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💱 Devises : ce que l'euro, le dollar et les émergents disent de votre épargne

Le marché des changes envoie des signaux forts. Décryptage des forces en jeu et de leurs impacts concrets sur votre patrimoine.

Maxime Gfeller

Analyse automatisée par l'IA byzance

À retenir

  • L'euro/dollar oscille autour de 1,09 — un niveau charnière qui reflète le bras de fer Fed/BCE sur les baisses de taux
  • Le dollar reste soutenu par des taux américains élevés, mais les déficits jumeaux américains fragilisent sa position à moyen terme
  • Les devises émergentes ne sont pas un bloc monolithique : la roupie indienne et le real brésilien racontent des histoires très différentes
  • Pour un épargnant français, le risque de change est souvent un angle mort dans l'allocation — et il peut coûter cher

Le dollar roi est-il en sursis ? 📊

Depuis deux ans, le billet vert domine les marchés des changes. Le Dollar Index (DXY), qui mesure la force du dollar face à un panier de six devises majeures, reste à des niveaux historiquement élevés, autour de 106.

La raison est simple : les taux d'intérêt américains. Avec des Fed Funds encore au-dessus de 4,5 %, les capitaux mondiaux affluent vers les actifs libellés en dollars. Quand un bon du Trésor US rapporte 4,5 % et un Bund allemand 2,2 %, le choix est vite fait pour un gérant obligataire.

Mais sous la surface, les fissures s'élargissent.

Les déficits jumeaux, bombe à retardement 💣

Les États-Unis cumulent un déficit budgétaire de 6,4 % du PIB et un déficit commercial record de plus de 1 000 milliards de dollars en rythme annualisé. Historiquement, cette combinaison — qu'on appelle les "déficits jumeaux" — finit toujours par peser sur la devise.

Pourquoi ? Parce qu'un pays qui importe massivement plus qu'il n'exporte a besoin de financements extérieurs constants. Tant que les investisseurs étrangers veulent bien acheter de la dette américaine, ça tient. Le jour où ils hésitent, le dollar décroche.

C'est exactement ce qu'Amundi signale dans sa dernière stratégie Cross Asset : l'intégration du risque géopolitique dans les allocations pousse certains acteurs — notamment les banques centrales asiatiques — à diversifier leurs réserves hors dollar.

La Fed va baisser ses taux, mais quand ? 🏦

Le marché anticipe une première baisse de taux de la Fed avant fin 2025. Mais Jerome Powell joue la montre. L'inflation américaine reste collante autour de 2,5-2,8 %, et le marché de l'emploi, bien qu'en ralentissement, ne cède pas.

Si la Fed baisse avant la BCE, le différentiel de taux se réduit — et l'euro remonte mécaniquement. C'est le scénario que beaucoup de stratèges anticipent pour 2026 : un euro/dollar qui remonte vers 1,12-1,15.

Mais attention : si la Fed tarde et que la BCE continue à assouplir, le mouvement inverse est possible. C'est tout l'enjeu du timing.

L'euro : entre résilience et fragilité 📉

La monnaie unique a des raisons d'être à la fois optimiste et inquiète.

Les atouts

  • L'excédent commercial de la zone euro avec le reste du monde soutient structurellement la devise
  • La BCE a déjà commencé à baisser ses taux, ce qui stimule le crédit et l'investissement
  • L'inflation européenne converge vers la cible de 2 %

Les faiblesses

  • La croissance européenne reste molle : +0,8 % attendu en 2025 contre +2,2 % aux États-Unis
  • La fragmentation politique (France, Allemagne) crée de l'incertitude
  • L'industrie européenne souffre des coûts énergétiques encore élevés par rapport à l'avant-2022
Le résultat ? Un euro qui tient, mais qui ne décolle pas. Pour un épargnant français, c'est un contexte où la devise domestique n'est ni un atout ni un handicap — ce qui est en soi une bonne nouvelle par rapport aux années de crise de l'euro.

Devises émergentes : le terrain de jeu des audacieux 💹

C'est là que ça devient intéressant — et que la plupart des épargnants passent à côté d'opportunités réelles.

Le carry trade, ou l'art de jouer les différentiels

Le principe est simple : vous empruntez dans une devise à taux bas (le yen japonais, par exemple, avec des taux proches de 0 %) et vous investissez dans une devise à taux élevé (le real brésilien, avec un taux directeur à 10,75 %, ou la livre turque à 50 %).

La différence de rendement — le carry — est votre profit. Tant que la devise émergente ne se déprécie pas plus vite que le carry gagné, l'opération est gagnante.

En 2025, le carry trade est massivement revenu à la mode. Les fonds spécialisés en dette émergente en devises locales affichent des performances de 8 à 12 % depuis le début de l'année.

Toutes les devises émergentes ne se valent pas

C'est LE piège à éviter : traiter les "marchés émergents" comme un bloc homogène. En réalité :

  • La roupie indienne (INR) est relativement stable grâce à une croissance de 6,5 % et une banque centrale crédible — c'est la devise émergente la plus "safe"
  • Le real brésilien (BRL) offre un rendement élevé mais reste très volatil, sensible aux prix des matières premières et aux errements budgétaires de Brasilia
  • Le yuan chinois (CNY) est sous pression du ralentissement immobilier, mais la PBoC contrôle étroitement le taux de change
  • Le rand sud-africain (ZAR) et la livre turque (TRY) sont des cas d'école de devises à haut rendement / haut risque
Comme le souligne Amundi dans ses "10 themes for private assets in 2026", la sélectivité géographique est devenue la compétence clé. Investir "en émergent" sans distinguer l'Inde du Brésil, c'est comme dire qu'on investit "en Europe" sans distinguer l'Allemagne de la Grèce.

Le risque géopolitique, variable sous-estimée 🌍

L'étude d'Amundi sur l'intégration du risque géopolitique dans la construction de portefeuilles confirme ce que beaucoup pressentent : les chocs politiques (sanctions, conflits commerciaux, élections disputées) impactent d'abord et surtout les devises, avant même les actions ou les obligations.

Un exemple concret : quand les tensions au Moyen-Orient s'intensifient, le dollar se renforce (valeur refuge) et les devises des pays importateurs de pétrole (Inde, Turquie) plongent. C'est un transfert de risque quasi instantané via le marché des changes.

Ce que ça signifie concrètement pour votre épargne 💼

Vous vous dites peut-être : "je n'investis pas en devises". En réalité, si vous détenez des fonds internationaux, vous êtes exposé au change — souvent sans le savoir.

Le risque caché de vos fonds

Un fonds actions américaines libellé en euros contient deux composantes de performance :

  • La performance des actions US en dollars
  • La variation euro/dollar
Si le S&P 500 fait +10 % en dollars mais que l'euro se renforce de 5 % face au dollar, votre performance réelle en euros n'est que de +5 %. C'est exactement ce qui s'est passé en 2017, quand beaucoup d'épargnants ont été déçus par leurs fonds US malgré un bon millésime boursier.

Couvert ou non couvert ?

Certains fonds proposent une part "hedgée" (couverte contre le risque de change). C'est souvent indiqué par la mention "EUR Hedged" dans le nom du fonds.

  • Fonds hedgé : vous ne subissez pas (ou peu) les fluctuations de change, mais vous payez le coût de la couverture (0,5 à 2 % par an selon les devises)
  • Fonds non hedgé : vous êtes exposé au change — c'est un pari supplémentaire
Mon conseil : pour une exposition long terme (5 ans et plus) aux actions internationales, le non-hedgé est souvent préférable. Le risque de change tend à se lisser sur longue période, et vous économisez les frais de couverture. En revanche, pour de l'obligataire, la couverture se justifie davantage car le risque de change peut facilement annuler un rendement de 3-4 %.

Faut-il profiter des devises étrangères dans son allocation ? 📈

La réponse courte : oui, mais intelligemment.

Une allocation diversifiée en devises permet de capter des rendements que l'euro seul ne peut offrir. Concrètement :

  • Les obligations émergentes en devises locales offrent un surplus de rendement de 3 à 5 % par rapport aux obligations euro
  • Le dollar reste une assurance naturelle en cas de crise (il monte quand les marchés paniquent)
  • Les devises liées aux matières premières (dollar australien, couronne norvégienne) peuvent servir de protection contre l'inflation
Mais il faut rester lucide : le change est le marché le plus liquide et le plus imprévisible au monde. 5 200 milliards de dollars s'échangent chaque jour sur le Forex. Aucun analyste ne peut prédire l'euro/dollar à 6 mois avec fiabilité.

🎯 3 actions concrètes pour votre portefeuille

  • Faites l'inventaire de votre exposition devises : regardez la composition de vos fonds et ETF. Calculez quel pourcentage de votre épargne est exposé au dollar, aux devises émergentes, et aux autres monnaies. La plupart des épargnants découvrent qu'ils sont exposés à 40-60 % en dollar sans le savoir via les fonds actions monde
  • Diversifiez intelligemment : si vous êtes 100 % euro, envisagez d'ajouter 10-15 % d'obligations émergentes en devises locales via un ETF spécialisé (type iShares J.P. Morgan EM Local Government Bond). Le surplus de rendement compense historiquement le risque de change sur 3 ans et plus
  • Ne spéculez pas sur le Forex : le trading de devises à court terme est un jeu perdant pour 75 % des particuliers (chiffre AMF). Utilisez les devises comme un outil de diversification, pas comme un pari directionnel. Votre exposition devises doit être un choix réfléchi dans le cadre d'une allocation globale, pas une position spéculative
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Maxime Gfeller, Directeur général — byzance ai

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