💱 Euro, dollar, émergents : ce que les devises font à votre épargne
Dollar en repli, yuan sous pression, real en hausse : les devises bougent fort en 2025 — et ça change tout pour votre épargne.
Maxime Gfeller
Analyse automatisée par l'IA byzance
À retenir
- Le dollar reste la devise dominante mondiale, mais sa part dans les réserves internationales est passée de 72% en 1999 à 58% aujourd'hui — une érosion lente mais réelle
- La parité euro/dollar évolue autour de 1,08-1,12 à l'été 2025, après une forte volatilité liée aux divergences BCE/Fed
- Les devises émergentes (yuan, real, roupie) offrent des opportunités de diversification, mais avec des risques asymétriques élevés
- Pour un investisseur français exposé aux marchés américains, chaque variation de 10% de l'EUR/USD peut modifier la performance de ses placements dans les mêmes proportions
Pourquoi les devises vous concernent même si vous n'êtes pas trader 💱
Beaucoup d'épargnants français pensent que les marchés des devises, c'est l'affaire des multinationales et des fonds spéculatifs. C'est une erreur.
Si vous avez un ETF MSCI World dans votre assurance-vie, environ 65 à 70% est investi en actions américaines libellées en dollars. Si vous détenez des fonds exposés aux marchés émergents, vous portez du yuan, du real brésilien, de la roupie indienne — sans forcément le savoir. Les devises sont partout dans votre épargne.
L'impact est loin d'être marginal. Sur l'année 2024, un investisseur français exposé aux actions américaines sans couverture de change a bénéficié d'un coup de pouce de +8% lié à l'appréciation du dollar. En 2025, c'est partiellement l'inverse — la correction du billet vert grignote les performances. Comprendre ce mécanisme, c'est déjà mieux gérer son patrimoine.
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L'euro face au dollar : le grand rééquilibrage de 2025 📊
À l'été 2025, l'euro s'échange aux alentours de 1,10 dollar, après avoir touché un plancher à 1,04 fin 2024 avant de rebondir jusqu'à 1,15 au printemps. Ce yo-yo reflète des forces contradictoires qui méritent d'être comprises.
Ce qui pousse l'euro à la hausse
- Le ralentissement américain : les États-Unis montrent des signes d'essoufflement, avec une croissance du PIB révisée à +1,8% au T2 2025. La Fed a abaissé ses taux directeurs deux fois depuis janvier, ce qui affaiblit mécaniquement le dollar
- La résilience européenne : l'inflation en zone euro est redescendue sous les 2,5%, permettant à la BCE d'assouplir graduellement sa politique sans verser dans le catastrophisme
- Les flux de capitaux : les investisseurs internationaux redécouvrent l'Europe après les reconfigurations politiques françaises et allemandes, apportant des achats nets d'euros
Ce qui bride la hausse de l'euro
- L'incertitude géopolitique : malgré les négociations autour du conflit ukrainien, l'instabilité européenne pèse structurellement sur la devise
- L'asymétrie de croissance : malgré son ralentissement, l'économie américaine reste plus dynamique que la zone euro à moyen terme
- La trajectoire budgétaire française : les agences de notation surveillent de près les comptes publics de Paris — une dégradation de la note française pèserait sur l'ensemble de la zone euro
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Les banques centrales, maîtresses des taux de change 🏦
Comprendre les devises, c'est d'abord comprendre les banques centrales. Et en 2025, le calendrier de la Fed (Réserve fédérale américaine) et de la BCE est plus déterminant que jamais.
La Fed a entamé son cycle de baisses en septembre 2024. En août 2025, le taux directeur américain est à 4,50%, contre 5,25% un an plus tôt. La BCE est à 2,75%. Cet écart de 175 points de base reste favorable au dollar, ce qui explique pourquoi l'euro n'a pas davantage progressé malgré le ralentissement américain.
La règle de base est simple :
> 💡 Analogie : imaginez deux comptes d'épargne, l'un en euros à 2,75% et l'autre en dollars à 4,50%. Naturellement, les capitaux affluent vers le dollar. Quand les taux américains baissent, l'attractivité diminue — les capitaux migrent vers l'euro, qui s'apprécie mécaniquement.
Si la Fed accélère ses baisses cet automne — ce que les marchés de taux anticipent à 65% de probabilité — l'euro pourrait tester les 1,14-1,16 dollar d'ici fin 2025.
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Les marchés émergents : entre opportunités et risques asymétriques 📈
C'est là que les choses deviennent vraiment intéressantes — et complexes.
Le yuan chinois : dévaluation contrôlée
La Chine maintient une politique de dévaluation maîtrisée de sa monnaie pour soutenir ses exportateurs dans un contexte de guerre commerciale persistante avec les États-Unis. Depuis janvier 2025, le yuan a perdu environ 3% face au dollar. La Banque Populaire de Chine fixe chaque matin un taux central et autorise des fluctuations de ±2%.
Pour un investisseur exposé à des fonds Chine, cette dévaluation rogne les performances converties en euros. Mais elle rend aussi les actions chinoises moins chères en euros pour qui veut initier ou renforcer une position — un argument que les gérants value commencent à mettre en avant, notamment sur le secteur technologique (Alibaba, Tencent, BYD).
Le real brésilien, la monnaie surprise de 2025
Le Brésil est l'une des grandes surprises de l'année. 💹 Le real a progressé de +11% face à l'euro depuis janvier, porté par :
- Des taux directeurs parmi les plus élevés au monde (Selic à 11,75%)
- Une demande mondiale soutenue en matières premières (soja, pétrole, minerais de fer)
- Une stabilité politique relative malgré les tensions institutionnelles
La roupie indienne, la star discrète
L'Inde reste la locomotive de la croissance mondiale avec +6,5% de PIB prévu en 2025. La roupie est relativement stable, soutenue par des entrées massives de capitaux étrangers et une Banque centrale indienne très interventionniste sur les marchés des changes.
Contrairement au yuan ou au real, la roupie offre un bon ratio rendement/risque pour diversifier une exposition aux émergents. Les fonds indiens (actions ou obligations) permettent de capter cette dynamique sans prendre de paris trop directionnels sur la devise.
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La dédollarisation : révolution monétaire ou mirage ? 🌍
Depuis les sanctions massives contre la Russie en 2022, la question d'une alternative au dollar est sur toutes les lèvres diplomatiques. Les BRICS+ (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud et les nouveaux membres comme l'Arabie Saoudite et l'Iran) ont accéléré leurs échanges commerciaux en devises locales.
Les chiffres du FMI confirment une tendance de fond : la part du dollar dans les réserves mondiales est tombée de 72% en 1999 à 58% aujourd'hui. En parallèle, l'or a retrouvé de l'attrait comme actif de réserve — les banques centrales des pays émergents en ont acheté un record de 1 037 tonnes en 2023.
Mais soyons honnêtes : le dollar ne s'effondrera pas demain. Aucune devise n'a la profondeur des marchés financiers américains (60 000 milliards de dollars de dette négociable), ni la crédibilité institutionnelle de la Fed. L'euro ne représente que 20% des réserves mondiales — loin derrière pour prétendre au trône.
Ce qui change réellement, c'est l'émergence d'une multipolarité monétaire : un monde où plusieurs devises coexistent dans les échanges internationaux. Pour l'investisseur averti, c'est plus d'opportunités de diversification — et plus de complexité à gérer.
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L'impact concret sur votre épargne 💼
Voici le tableau de bord des effets devises selon vos placements :
ETF MSCI World ou S&P 500 :
- 65-70% exposé à l'EUR/USD
- Dollar fort en 2024 → +8% d'effet devise positif
- Correction du dollar en 2025 → effet neutre à légèrement négatif
- Solution : certains ETF existent en version "hedgée" (couverte) — mais la couverture a un coût (0,5 à 1% par an)
- Impact indirect : les gérants couvrent généralement le risque de change sur les obligations étrangères
- Mais les rendements futurs dépendent des actifs sous-jacents, dont une part est libellée en dollars
- SCPI européennes (Allemagne, Pays-Bas, Espagne) → libellées en euros, zéro risque de change
- Certaines SCPI britanniques post-Brexit ont subi des décotes de 10 à 20% liées à la chute de la livre sterling entre 2022 et 2024
- Vérifiez impérativement si le fonds est hedgé ou non
- Un fonds non hedgé peut voir sa performance varier de ±15% sur l'année uniquement via l'effet devise — indépendamment des performances des marchés sous-jacents
3 actions concrètes pour votre épargne
1. Cartographiez votre exposition aux devises étrangères 🔍
- Demandez à votre conseiller (ou vérifiez dans votre espace client) la répartition géographique de chaque fonds
- Pour chaque ligne, identifiez si la couverture de change est activée ou non — cette information figure dans le DICI (Document d'Information Clé pour l'Investisseur)
- L'objectif n'est pas d'éliminer le risque devise, mais de le connaître et de l'assumer en connaissance de cause
- Une allocation de 5 à 10% en fonds marchés émergents constitue une diversification raisonnable dans un portefeuille équilibré
- Privilégiez les pays avec des fondamentaux solides : Inde, Brésil, Vietnam plutôt que Turquie ou Argentine, où le risque de change est extrême
- Les ETF émergents (ex : iShares MSCI Emerging Markets, frais ~0,18%/an) offrent une exposition diversifiée à faible coût
- Si vous avez un projet d'acquisition immobilière aux États-Unis, au Royaume-Uni ou ailleurs, surveillez activement les niveaux de change
- Un euro à 1,12 USD est sensiblement plus favorable qu'un euro à 1,04 USD pour acheter un bien libellé en dollars — la différence peut représenter plusieurs dizaines de milliers d'euros sur un achat significatif
- Des services spécialisés comme Wise ou iBanFirst permettent de convertir à des taux bien plus compétitifs que votre banque de réseau traditionnelle
Maxime Gfeller est Directeur Général de Byzance AI, plateforme de conseil en gestion de patrimoine pour les investisseurs particuliers.
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