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💹 Euro fort, dollar faible : le grand basculement de 2025

L'euro s'envole, le dollar vacille : décryptage des forces en jeu et ce que ça change concrètement pour votre épargne.

Maxime Gfeller

Analyse automatisée par l'IA byzance

À retenir

  • Le dollar américain traverse une phase de faiblesse inédite, plombé par les guerres commerciales et l'incertitude budgétaire aux États-Unis
  • L'euro s'est renforcé au-dessus de 1,12 $ — une fenêtre qui change la donne pour les épargnants européens exposés aux actifs américains
  • Les devises émergentes offrent un potentiel de rendement via le carry trade, mais avec une volatilité à ne pas sous-estimer
  • Diversifier son exposition devises est devenu un levier de performance à part entière — et pas seulement un risque à couvrir
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Le dollar vacille : pourquoi le billet vert perd du terrain 📉

Depuis le début de l'année, le Dollar Index (DXY) — qui mesure la valeur du dollar face à un panier de six devises majeures — a reculé de près de 8 %. C'est un mouvement considérable sur le marché des changes, un univers où les variations se comptent habituellement en fractions de pourcent.

Plusieurs facteurs convergent pour expliquer cette faiblesse :

  • Les droits de douane massifs imposés par l'administration Trump (10 % universels, jusqu'à 145 % sur certains produits chinois) ont paradoxalement affaibli le dollar. Les investisseurs anticipent un ralentissement de la croissance américaine, car ces tarifs renchérissent les importations et freinent la consommation.
  • Le déficit budgétaire américain continue de se creuser, au-delà de 6 % du PIB. La dette fédérale dépasse désormais 36 000 milliards de dollars. Cette trajectoire inquiète les marchés obligataires et pèse sur la confiance dans le billet vert.
  • La Réserve fédérale (Fed) est dans l'impasse. Elle hésite entre baisser ses taux pour soutenir l'économie et les maintenir pour contenir l'inflation importée par les tarifs douaniers. Cette incertitude alimente la volatilité.
Pour simplifier : imaginez le dollar comme une action. Quand les perspectives de l'entreprise (ici, l'économie US) se dégradent et que sa dette explose, le cours baisse. C'est exactement ce qui se passe.

L'euro retrouve des couleurs 📈

La monnaie unique européenne en profite mécaniquement. L'EUR/USD est repassé au-dessus de 1,12 $ mi-2025, après avoir touché un plancher proche de la parité (1,02 $) fin 2022.

Ce rebond n'est pas seulement un effet miroir de la faiblesse du dollar. L'Europe a ses propres arguments :

  • Le plan de relance allemand de 500 milliards d'euros pour les infrastructures et la défense a changé la donne. L'Allemagne, longtemps championne de l'austérité budgétaire, investit massivement — et ça rassure les marchés sur la croissance européenne.
  • La BCE a poursuivi son cycle de baisses de taux, ramenant le taux directeur à 2,25 %. Mais le différentiel avec les Fed Funds américains (encore entre 4,25 % et 4,50 %) se réduit dans les anticipations. Les marchés pricent des baisses de la Fed d'ici la fin de l'année.
  • Les flux de capitaux se réorientent. Comme le souligne Amundi dans sa stratégie Cross Asset, la diversification géographique des portefeuilles institutionnels favorise l'Europe — un renversement notable après une décennie de surperformance américaine.

Qu'est-ce que ça signifie concrètement ? 💶

Si vous détenez des ETF libellés en dollars (S&P 500, Nasdaq, ETF monde à dominante US), un euro fort réduit mécaniquement votre rendement une fois converti en euros.

Prenons un exemple concret : un ETF S&P 500 qui gagne 5 % en dollars, mais que vous détenez alors que l'euro passe de 1,08 à 1,14 $, vous coûte environ 5,5 % sur le change — effaçant totalement votre gain boursier.

C'est un phénomène que beaucoup d'épargnants sous-estiment. Le risque de change n'est pas un concept abstrait : c'est de l'argent en plus ou en moins sur votre relevé de compte.

Devises émergentes : le grand écart 🌍

Le monde des devises émergentes est bien trop vaste pour être résumé en un bloc. Mais quelques tendances majeures se dessinent en 2025.

Les gagnantes

  • La roupie indienne (INR) reste relativement stable. L'Inde bénéficie d'une croissance au-dessus de 6 %, d'une banque centrale crédible (RBI) et d'un positionnement géopolitique habile — New Delhi négocie avec Washington tout en diversifiant ses partenaires.
  • Le real brésilien (BRL) profite de la hausse des matières premières agricoles et du maintien de taux réels très élevés (Selic à 14,75 %). Pour les investisseurs en quête de carry trade, le Brésil reste l'une des destinations les plus attractives.

Les perdantes

  • Le yuan chinois (CNY) subit de plein fouet la guerre commerciale. Les droits de douane de 145 % sur certains produits chinois ont provoqué une dépréciation contrôlée par la PBOC, qui laisse glisser le yuan pour soutenir ses exportateurs.
  • La livre turque (TRY) continue sa spirale baissière. Malgré un retour à l'orthodoxie monétaire en 2024, l'inflation reste supérieure à 30 % et la confiance des investisseurs étrangers peine à revenir.

Le carry trade, comment ça marche ? 💡

Le carry trade, c'est comme emprunter à votre banque à 2 % pour placer l'argent sur un livret qui rapporte 10 %. La différence (8 %) est votre gain — tant que le taux de change ne bouge pas trop en votre défaveur.

En 2025, les écarts de taux entre pays développés (où les taux baissent) et certains émergents (où ils restent élevés) créent des opportunités de carry significatives. Mais attention : ce n'est pas un repas gratuit. Une dépréciation soudaine de la devise émergente peut effacer des mois de rendement en quelques jours.

Comme le souligne l'étude d'Amundi sur l'intégration du risque géopolitique dans la construction de portefeuille, les chocs exogènes — sanctions, conflits, élections surprises — peuvent provoquer des mouvements de change extrêmes et brutaux sur les marchés émergents.

La dédollarisation : mythe ou réalité ? 🏦

On en parle beaucoup depuis 2023 : les BRICS veulent réduire leur dépendance au dollar dans le commerce international. Où en est-on vraiment ?

  • Le dollar représente encore environ 58 % des réserves de change mondiales (contre 72 % en 2000). La baisse est réelle mais très progressive — on parle de décennies, pas d'années.
  • Les échanges bilatéraux en monnaies locales se développent (yuan-rouble, roupie-dirham), mais restent marginaux en volume global.
  • Le dollar reste irremplaçable pour une raison simple : la profondeur et la liquidité du marché des Treasuries américains n'ont aucun équivalent. Aucune autre devise n'offre un marché obligataire aussi vaste, aussi liquide et aussi profond.
Pour un épargnant français, la dédollarisation est un phénomène structurel à surveiller sur le très long terme, mais pas un risque immédiat. Le dollar restera la devise de référence mondiale pendant encore longtemps — même affaibli, il reste le roi.

L'impact concret sur votre épargne 📊

Trop d'épargnants regardent uniquement la performance de leurs fonds sans tenir compte de l'effet devise. Voici quelques ordres de grandeur :

  • Un fonds actions américaines non couvert a perdu entre 4 et 6 points de performance sur le change depuis janvier 2025, simplement à cause de la hausse de l'euro face au dollar.
  • Un fonds obligataire émergent exposé au real brésilien a pu gagner 2 à 3 points supplémentaires grâce au différentiel de taux et à la tenue de la devise.
  • Les fonds « hedgés » (couverts en change) éliminent ce risque, mais ont un coût — typiquement 1 à 2 % par an sur les devises à fort différentiel de taux.
La bonne question n'est pas « faut-il couvrir ou pas ? » mais plutôt : quelle proportion de mon portefeuille dois-je protéger du risque de change, et à quel coût ?

3 actions concrètes pour votre portefeuille ✅

1. Auditez votre exposition devises réelle

Listez vos fonds et ETF. Pour chacun, identifiez la devise de cotation ET la devise des actifs sous-jacents. Un ETF Monde coté en euros mais investi à 65 % en actions américaines vous expose massivement au dollar. La plupart des courtiers affichent cette information dans les fiches DICI (Document d'Information Clé pour l'Investisseur).

2. Envisagez les ETF hedgés pour votre poche américaine

Si vous êtes fortement exposé au S&P 500 ou au Nasdaq, des versions « EUR Hedged » existent chez iShares, Amundi ou Xtrackers. Elles neutralisent le risque EUR/USD moyennant un coût de couverture modéré (environ 1,5 % par an actuellement). C'est particulièrement pertinent dans un contexte de dollar faible.

3. Diversifiez au-delà du duo euro-dollar, avec parcimonie

Les devises émergentes offrent un potentiel de diversification réel, mais dosez avec mesure — 5 à 10 % du portefeuille maximum. Privilégiez les fonds obligataires émergents en devise locale gérés par des maisons spécialisées (Pictet, Ashmore, M&G) qui intègrent l'analyse du risque de change dans leur processus d'investissement. Et surtout, n'y allez pas en mode « tout ou rien » : lissez vos entrées dans le temps.

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Maxime Gfeller — Byzance

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